Articles et Références
Définition des monnaies locales
Une monnaie locale est une monnaie "interne", créée par une association ou une municipalité pour servir dans les échanges locaux de biens et services, sur le modèle des SEL (Systèmes d'Echanges Locaux). Ce sont en général des monnaies non convertibles et "fondantes", c'est-à-dire qu'elles perdent leur valeur avec le temps (tout comme les Tickets restaurants ou les bons de réduction des grandes surfaces ont une validité limitée) et ne peuvent se thésauriser. La monnaie locale la plus simple est le "time-dollar" ou échange de temps mais qui ne peut se généraliser (car ne tenant pas compte des différences de qualification ni du fait que le travail ne se mesure plus par le temps passé).
La monnaie est l'énergie du monde de l'information, sa face quantitative qui est non seulement toujours contestable mais qui ne peut augmenter car toute inflation diminue sa valeur, sorte de taxe sur les dettes, le passé et l'argent qui dort, ce qui est d'ailleurs utile car une inflation raisonnable (plus de 3% et moins de 10%) encourage l'activité contrairement au dogme central de l'Euro. Une grande partie du chômage est "keynésien", c'est-à-dire conséquence d'un manque de liquidités pour financer des emplois, en général à cause de la lutte contre l'inflation et d'un manque de politique keynésienne justement. C'est notamment le cas dans la zone Euro mais on a vu aussi comme la crise monétaire en Argentine avait pu provoquer un chômage de masse immédiat. Les monnaies locales peuvent donc réduire le chômage mais peuvent aussi créer de l'inflation, exigeant une gestion politique fine, comme toute monnaie.
Leur rôle est principalement de permettre une relocalisation de l'économie en favorisant les échanges locaux sans dresser de nouvelles barrières douanières. En plus de fournir des ressources nouvelles pour valoriser la production locale, les monnaies locales permettent aussi d'échapper à certaines taxes comme la TVA, ce qui fausse la concurrence au profit des prestations locales (la TVA devenant un droit de douane local).
Création d'une monnaie complémentaire
Voici ce qu'en dit Bernard Lietaer, l'auteur du "Futur de la monnaie", un des meilleurs spécialistes des monnaies alternatives (il a participé au Club de Rome ainsi qu'à la conception de l'Euro) :
Quelques conseils pratiques pour le lancement d’une monnaie complémentaire
Le plus difficile n’est pas de concevoir une nouvelle variété de monnaie complémentaire ni même d’organiser son mode de fonctionnement, mais de la faire accepter (et utiliser) par la communauté. Les monnaies officielles ont pour elles l’histoire et la force de l’habitude, ainsi que (et ce n’est pas mince…) le privilège du pouvoir légal de payer les dettes, publiques et privées. Ce n’est pas le cas de votre monnaie locale, qui doit donc bâtir sa crédibilité sur autre chose.
Crédibilité : le maître mot faute duquel rien ne peut aboutir.
Pour réussir, trois facteurs clés :
- le choix du moment approprié
- la volonté et les qualités des promoteurs du système
- le mode d’organisation.
1. Choisir le moment approprié
Les anciens Grecs distinguaient deux types de temps : Kairos (le « temps parfait ») et Chronos, le temps ordinaire. La même initiative, entreprise par les mêmes personnes, peut déboucher sur des résultats différents en fonction de la période de mise en œuvre.
Le moment en question peut se présenter a priori sous des dehors positifs ou négatifs. Par exemple, la forte augmentation du taux de chômage en France et au Royaume-Uni, ou les crises monétaires argentine et mexicaine, ont constitué un terrain particulièrement propice au développement de monnaies complémentaires.
Le « bon moment » peut aussi renvoyer à la constitution d’un groupe de personnes qui décident d’agir pour leur communauté. Ce qui nous amène directement au deuxième facteur.
2. S’appuyer localement sur un(des) animateur(s) de qualité
C’est peut-être le facteur le plus important : la personne, ou le groupe, qui impulse l’initiative monétaire doit posséder simultanément la vision, la capacité à entreprendre et le charisme requis.
La vision, pour se rendre compte qu’il est possible d’agir en dehors des sentiers battus ; la capacité à entreprendre, c'est-à-dire la volonté d’intervenir par rapport à une situation, et d’obtenir un résultat ; le charisme, enfin, pour convaincre la communauté d’appartenance d’aller dans le même sens. Si l’une des trois caractéristiques manque (et c’est malheureusement souvent le cas), le projet va à l’échec, ou bien on reste dans le discours, sans effets concrets. L’équipe qui, au contraire, cumule les trois qualités a toutes les chances de donner au projet de monnaie complémentaire la crédibilité dont il a besoin pour réussir.
Rappelez-vous : la valeur de l’argent repose avant tout sur la confiance, donc sur la fiabilité des promoteurs des systèmes complémentaires. De surcroît, cela va également déterminer l’ampleur et la nature du dispositif monétaire mis en place : si le réseau et la renommée de l’équipe s’appliquent à un quartier, il faut travailler à ce niveau ; si, en revanche, ils peuvent mobiliser une région entière, on peut faire fonctionner le système à l’échelon régional.
Pour conclure sur cet aspect, il est un commentaire de Lao-Tseu qui correspond tout à fait bien à la dynamique des mouvements sociaux : « La meilleure gouvernance, c’est quand les gens finissent par affirmer qu’ils ont fait les choses eux-mêmes ».
3. Choisir un mode d’organisation adapté
La dernière étape consiste à sélectionner le bon système, celui qui s’adaptera le mieux à vos attentes… alors qu’il existe déjà toute une série de prototypes variés qu’il va falloir trier.
Monnaie locale
Le 21 décembre dernier, la télévision de Radio Canada, après la
BBC, présentait un reportage sur la Lewes Pound, la monnaie locale
que vient d'adopter cette petite ville anglaise du Sussex. Il y
a un an, c'est la ville de Totnes, dans le Devon, qui lançait sa
propre monnaie. L'intérêt des grandes chaînes de télévision pour
cette question est une indication qu'il faut prendre au sérieux.
Lewes et Totnes font partie de ces villes de transition (transition
towns) dont le nombre s'accroît à un rythme tel qu'il pourrait bien
y avoir bientôt des centaines de monnaies locales dans le monde.
Il y en aura peut-être des milliers, car loin de se limiter aux villes
de transition, les monnaies locales apparaissent sur tous les continents
sous diverses formes, comme les SEL ou systèmes d'échange
locaux en France.
[...] Un exemple théorique nous aidera à y voir plus clair. Imaginons
un groupe de cent citoyens, de métiers et professions complémentaires,
signant un pacte par lequel ils s'engagent non
seulement à se faire confiance entre eux, mais à ne jamais conserver
plus d'une journée le billet de 100 Gesell qu'ils ont convenu
d'engager dans l'expérience. Le premier jour du mois, X
achète pour 100 G de viande à Y, après avoir vendu pour 100$
de fourrage à Z. Le lendemain, il fait des échanges semblables
avec V et W. Supposons que tous les membres du club font de
même. Après 30 jours, chacun aura accumulé pour 3000 Gesell
de biens alors qu'au départ il ne disposait que de 100 Gesell.
Il
n'y a aucun forfait spéculatif derrière ce rendement faramineux.
C'est le travail de chacun qui est dûment récompensé par un système d'échange qui favorise l'accumulation de biens plutôt que d'argent.
Qui plus est, on a dans un tel système à se procurer des
biens durables. Tous ceux qui s'intéressent à l'agriculture en Amérique
du Nord ont pu remarquer que les sapins de Noël sont les
plantes les plus durables que l'on cultive. Pour l'excellente raison
qu'ils parviennent à maturité en moins de dix ans et que s'il fallait
attendre vingt ans pour les récolter, il vaudrait mieux placer
son argent à la banque ne fût-ce qu'à 2 % d'intérêt. Avec la monnaie
fondante, les meilleurs placements que nous pourrions faire
consisteraient à mieux isoler nos maisons et acheter des voitures
inusables, alors que le système actuel nous incite à faire exactement
le contraire.
Voilà pourquoi la monnaie locale suscite un engouement exceptionnel
en ce moment. Les villes de transition l'adoptent parce que,
compte tenu de leur mission, qui est de faire face à la double crise
du pic pétrolier et du réchauffement climatique, elle constitue pour
elles un outil pratiquement indispensable. Il va sans dire qu'elle favorise
le commerce local et qu'elle contribue ainsi non seulement
à réduire les frais de transport mais à libérer l'agriculture de sa
dépendance à l'endroit des produits dérivés du pétrole.
Le renforcement de la solidarité locale en temps normal et de la
sécurité locale en période de crise, avait été jusqu'à maintenant
le mobile principal de ce que certains appellent les monnaies
complémentaires. L'épuisement des ressources non renouvelables
et le réchauffement climatique ont fait apparaître de nouveaux
mobiles, si puissants que le mouvement pourrait très bien prendre
une grande ampleur et survivre à l'actuelle crise économique.
Extrait de "2009, année de la monnaie et de la solidarité locales ?",
Jacques Dufresne, L'Encyclopédie de la Francophonie.
June 2009.
Au Japon
Depuis les années 1990, le Japon expérimente systématiquement des monnaies complémentaires et
régionales.
En Europe, les monnaies complémentaires régionales existèrent de façon continue entre Charlemagne et Napoléon. Si elles ont disparu, ce n’est pas en raison de leurs inefficacités, mais en raison d’un pouvoir central hégémonique qui souhaite mieux contrôler les économies régionales.
Il est a noté que pendant tous ces siècles de coexistence entre plusieurs monnaies, l’inflation ne constituait pas un problème endémique comme aujourd’hui.
L’inflation est devenue une caractéristique principale des monnaies du XXème siècle après l’abandon de l’étalon or. Entre 1970 et 2000, le mark a perdu 60% de sa valeur, le dollar, 75%, la livre 90%.
Les accords de Bretton Woods ont eu pour résultats l’opposé de ce que des économistes comme Keynes (qui présidait la commission !) espérait : C'est-à-dire un système monétaire dual pour les paiements internationaux (une monnaie nationale et une monnaie pour les échanges extérieurs)
Les points miles = monnaie complémentaire commerciale
Billets d’avions, moyen de paiements pour des restaurants des hotels, des communications téléphoniques etc…. Les 2/3 des points miles émis par British Airways ne sont pas utilisés pour l’achat de billets d’avions !
Une monnaie complémentaire commerciale est une monnaie permettant de faire la jonction entre un besoin non-satisfait en € et une ressource sous-utilisée (place de cinéma etc …)
Courant 1996, Toshiharu Kato, ancien président de l’Autorité des marchés financiers Japonais, après deux ans de réflexions aux USA, revient au Japon pour introduire une monnaie régionale appelée Ecomoney. « Dans le système actuel, le marché devient un espace ou les acteurs économiques entrent en concurrence pour l’argent disponible » Kato a développé depuis, plus d’une quarantaine de systèmes parallèles dans plusieurs régions du pays.
En août 2002, le ministre Japonais de l’économie et de l’industrie annonçait que « le recours aux monnaies complémentaires pouvait sortir le pays de la déflation car ces monnaies mettent à la disposition des régions les liquidités dont elles ont besoins »
Dans le système actuel, le constat est que l’épargne n’est pas investie dans les régions où elle est générée, mais ailleurs et profite à d’autres. Les régions financent leurs propres chômages, la fuite de leurs capitaux et la délocalisation de leurs entreprises.
En Allemagne, depuis la sortie de « monnaies régionales » en 2004, 28 systèmes de monnaies régionales se sont mis en place et 35 autres sont en phase de lancement. (exemples à Berlin Munich, Hamburg, Aachen Brème ) Le Berliner est imprimé par la même imprimerie qui produit les euros pour la Banque Centrale Allemande ! (par la base)
Aux USA, 71 systèmes sont actuellement opérationnels.
Systéme en place en France : Le sol http://www.sol-reseau.coop/ (par le sommet)